Je n’avais jamais entendu parler de ce marathon avant la semaine passée, pourtant, il n’est pas si loin de Montréal dans le très joli comté de Prince Edward, connu pour sa plage d’eau douce, ses dunes et ses vignobles. Un marathon de type «point à point» qui relie les 3 petites villes de Wellington, Bloomfield et Picton. (Dossier touristique sur la destination, Le Devoir.) C’était la 11e édition de ce « Boston Qualifying Full Marathon »… pour les intéressés.

Prince Edward County, Ontario

Prince Edward County, Ontario

Les chiffres tout de suite pour les amateurs qui pourront sauver un clic. ;)

Chrono: 3h12
Classement féminin: 2e
Classement général: 11e

Stratégie de course : courir légèrement «en-dedans» de l’allure cible pour laquelle je me suis entraînée (4’24). Rencontrer mon amoureux autour du 25e ou du 30e km (selon l’ouvertures des routes) et voir si je peux continuer, si la compression a permis à la douleur de demeurer stable.

Et c’est exactement ce qui est arrivé. Une course super bien gérée, un excellent feeling, jamais en détresse, des kilomètres tous courus entre 4’25 et 4’30. Sauf 2 en descente où je tombais sous le 4’20 sans m’en rendre compte. Mais un effort constant qui m’a gardée dans ma zone de course joyeuse tout le long.

Et je n’exagère pas. Un marathon qui s’est déroulé absolument parfaitement jusqu’au 37,4 km sur ma Garmin. Et qui a viré du tout au tout à la pancarte du km 38 très exactement. Je vous raconte tout ça, mais avant…

Le parcours
Un marathon somme toute assez plat, quoiqu’on gagne en dénivelé en bout de route. Des spectateurs présents tout au long du parcours, en petit nombre bien entendu, mais bien présents et visiblement fiers de recevoir des coureurs dans leur coin de pays.

Et une belle côte d’une cinquantaine de mètres de dénivelé pour tester ce qu’on a dans le ventre au kilomètre 37, là où tous les espoirs vibrent sur des jambes qui commencent à être pas mal plus lourdes. Au final, un très joli parcours en nature pour la majorité des kilomètres.

Dénivelé du 42k de Picton - The County marathon

Profil du County marathon 2014, en mètres.

La taille
Il y avait selon les organisateurs, 1200 inscrits au demi et 249 au marathon (et une cinquantaine d’équipes au marathon à relais). Le classement indique qu’environ 160 coureurs ont pris le départ du 42k en solo. Peut-être est-ce la mauvaise météo annoncée la veille qui explique tant de désistements. Par chance, ce fut moins pire, et donc, perçu comme une bonne nouvelle. (Ahhhh les attentes, tout est une question d’attentes…)

On nous offre avec l’inscription un joli chandail technique à manche longue pour la saison d’automne et une paire de bas de course. Un goûter varié nous attend à l’arrivée, une bière en guise de bravo également, d’un brasseur local.

Mon verdict
Vaut le déplacement. :)

Ma course
Aïe! Par où commencer. J’ai tout raconté déjà à mes amis Facebook en long et large, je m’étais promis de faire court ici.

Pourquoi ce marathon? Je devais faire Berlin le 28 septembre. Comme tout grand marathon, il faut s’inscrire un an d’avance et… bien c’est difficile de tout prévoir. Disons que des raisons familiales qui se racontent moins ici m’ont amenée à changer mes plans. Je me suis rabattue, avec le sourire tout de même, sur celui des Adirondacks, un marathon assez costaud. Mais «une pierre deux coups» m’étais-je dit, ce sera un marathon ET une bonne préparation pour le 80k Bromont Ultra tout en dénivelé qui a lieu deux semaines après.

Tout allait rondement dans les plans de dernière minute. J’ai même fait ma dernière séance de 12k tempo le mardi dans des sensations pré-marathon idéales, tellement que j’ai dû m’attacher les lacets après un poteau pour ne pas en rajouter.

Repos mercredi. Et boum, arriva l’erreur numéro 1: soirée en talons. La sortie du lit le lendemain me réservait la surprise tant redoutée : je boite! Douleur atroce au talon. Verdit du pro du bobo : contracture au mollet qui tire vivement sur l’attache au talon.

Je passe tous les détails, mais mon dimanche marathon s’est transformé en un dimanche d’encouragement des marathoniens au marathon de Montréal. Tout ne fut pas perdu… c’est beau à voir aussi!

Sauf que là, je dois mettre une croix sur mon marathon avant mon 80k. C’est vraiment à reculons que j’arrive tant bien que mal à me faire à l’idée. Les fruits de mon entraînement marathon devront s’exprimer sur un tout autre type de course (…un trail! un monde que je connais si peu! Et de l’ultra, que je ne connais pas du tout!). Et ça me fâche un peu oui, d’autant plus que je ne peux pas courir pour évacuer la frustration. Mais juste pour être claire, au cas où :  je ne vis pas cela du tout comme un drame là. Hé ho, on parle de course à pied là, pas de survie! Quoique… ;)

Je passerai 10 jours comme ça. Après 5 jours de repos complet, je reprends des mini-sorties de 2 ou 3k très doucement, juste pour activer le métabolisme. Et le vendredi, c’est décidé, on quitte la ville pour aller voir les couleurs, changer le mal de place et pour tester mon pied dans un environnement tout sauf urbain. Longue sortie, course, peu importe, je ne suis pas regardante! Je veux juste sacrer mon camp de la ville.

Mais l’idée elle, est toujours en place, bien nichée dans ma détermination : c’était un marathon bordel que je devais courir avant le trail!

Samedi après-midi
Je me retrouve à une heure de la fermeture  de l’expo, dans la ville de Picton, à m’inscrire au 42k du County Marathon.

Et mon talon? J’ai discuté avec des gens qui m’ont aidée à me faire la compression du siècle. Je sens à peine quelque chose. Ce sera le tout pour le tout en matière de compression. Je courrai ce marathon!

Quoi, vous dites qu’un marathon une semaine avant un tout premier ultra, en montagne en plus, c’est un peu con? Mais je le sais bien! M’en fous rendu à ce point-là. Je suis une bombe à retardement après deux semaines d’affûtage extrême. Et il y a des fois (pfff, suis sûre que ça vous arrive vous aussi), on le sent dans notre tête, notre corps, dans tout notre être, que malgré tout, c’est ce qu’on doit faire. Et on le fait.

Bon, assez écrit, la course et le punch en photos maintenant!

The County Marathon - départ

The County Marathon – Départ de tous les coureurs, marathon simple ou en équipe.

Je n’ai aucune photo ensuite de la première moitié, soit avant de rencontrer mon amoureux quelques kilomètres après le passage du demi (1h34).

On nous avait annoncé de la pluie toute la matinée, alors quelle joie de passer devant l’eau avec ce soleil qui plombe. Je suis d’ailleurs folle comme un balai en hurlant à J-P: «C’est trop beau c’est trop beau!». C’est d’ailleurs assez surprenant que la photo ne soit pas floue, parce qu’il riait de moi bien entendu. Avec raison. :)

Ok ok, il pleuvra par la suite, mais m’en fous. On a eu plus que prévu.

Marathon de Picton - Le soleil fait une sortie surprise! Et moi le clown...

Le soleil fait une sortie surprise! Et moi le clown…

Picton - bord de mer d'eau douce

Le soleil brille. Pauvres coureurs qui ont annulé leur course prévue sous la pluie. :)

Je n’arrive pas à décoller les yeux du paysages. Le vent souffle de côté en plus (voir la couette), alors il ne dérange même pas. Il fait beau, je suis bien. Que j’aime cette distance!

Picton - Marathon sous un peu de soleil

Picton – 42k sous un peu de soleil…

Kilomètre 32 environ. Là, je suis piquée à vif : je me fais dépasser par un gars qui a le pas tout léger! Je découvrirai plus tard qu’il s’agit d’un coureur à relais. Ffffiou! ;)

Marathon de Picton - duel avec un coureur du relais.

Marathon de Picton – duel avec un coureur du relais.

Je filerai comme ça jusqu’à la montée du 38e kilomètre, tant redoutée par les marathoniens qui ne parlent que de cela avant le coup de départ.

Et c’est là que, euh, bon, ok, disons les choses : la compression a ses limites. Le bandage sous le bas me fait soudainement mal. Je monte la côte en me disant que mon mollet, sûrement enflé après 37 kilomètres, est égorgé. Je ne pense plus qu’à cela. Il me faut enlever tout ça, je veux dire, baisser tout ça à la cheville car on dirait que la circulation commence à ne plus se faire comme il faut, etc., etc. Les idées tournent dans ma tête.

Ma montre indique toujours que je vais passer le fil d’arrivée en 3h08. Je suis en total contrôle de tout le reste. Mais je dois faire «respirer» mon mollet. J’arrive en haut de la côte, me tasse sur le côté et baisse le maudit bas de compression mis pour la toute première fois de ma vie spécifiquement pour la situation.

Erreur numéro deux.

BOUM! Ça explose dans mon mollet. Moi qui n’ai jamais de crampe, j’ai la crampe de ma vie au mollet. Je suis à terre. Je ne peux plus bouger. Il se passera quelques minutes jusqu’à ce que la crampe diminue d’un tout petit cran, juste assez pour être capable de me lever et de terminer.

Le reste de la course sera fait à coup de 4-500 mètres, entrecoupés d’arrêts pour serrer la crampe et tenter de faire une pression là où un gentil organisateur de la table 38 m’a dit de peser.

Mon amoureux avait le coeur serré et voulait m’aider, mais comme je ne savais pas si c’était permis, je lui disais de rester sur le côté, de ne pas s’approcher. Alors il a immortalisé un des moments où je sacre après mon… enfin non, je ne sacre pas. Je souffre, point. :)

Picton - crampe au mollet

La petite contracture au mollet d’avant départ est devenue grande. :)

Mais je me relève aussi. Et je fonce en serrant les dents.

Picton - Je grimace et j'écarte les doigts. Aucune idée pourquoi se réflexe, je ne m'en suis même pas rendu compte.

Je grimace et j’écarte les doigts. Aucune idée pourquoi se réflexe, je ne m’en suis même pas rendu compte.

Ce sera comme ça jusqu’à quelques centaines de mètre de l’arrivée, avec l’arche en vue, pour un dernier arrêt qui a énervé la petite foule. :) Les gens hurlaient pour m’encourager. Après tout, qui s’arrête à moins de 300m de l’arche pour le plaisir? Personne.

Je n’avais pas le choix, le corps et l’esprit se livraient une terrible bataille. Et ce dernier mangeait quelques claques à son tour.

Le combat. :)

Le combat. :)

Ai-je besoin de dire à quel point l’arrivée goûtait bon?

Tout de suite après, direction tente de soins où j’apprendrai, pendant qu’on me tripote, mon classement et ma bourse.

Et maintenant?
J’ai vu des mains de pro des bobos hier : la crampe fut si violente qu’elle a provoqué un claquage. Les quelques bleus en témoignent. Mais somme toute, je m’en sors assez bien.

Oui, j’ai perdu mon 3h08, mais oui j’ai couru un bon marathon quand même. Je me suis encore améliorée en gestion de course (je pense que je peux commencer à dire que c’est une de mes forces) et ce, après quasi 10 jours sans courir et ne plus trop y croire. Alors je suis gagnante, non?

Bon là, oups, vrai, on est jeudi et je ne peux pas encore courir. Mais je fais tout quand même pour prendre le départ de l’ultra trail que je ne pourrai probablement pas prendre. Au pire, je pourrai reprendre l’entraînement plus rapidement.

Mais si vous saviez comme j’ai envie, et l’énergie déjà, pour le courir ce 80k!

8 réponses à The County Marathon

  1. isabelle Watier dit :

    Je citerais de la grande culture: « T’es vraiment forte du mental »…
    Bravo pour la course!
    Tant pis pour le PB, ce sera pour une prochaine course!
    Et « Ouille! Ouille! Ouille » pour la crampe MAJEURE! Mon mollet élance juste à te regarder….

    • Pascale dit :

      «La dureté du mental». :) C’est dans quoi déjà?

      Et tu me fais penser que j’ai oublié de le dire: oui c’est un PB. Mais c’est pas le temps cible. Mais je suis contente!

      Merci pour les mots.

  2. Josée dit :

    Je vais essayer d’avoir le mental aussi fort que toi dimanche. :-)

  3. Julien dit :

    je ne sais pas trop quoi dire. J’hésite entre les félicitations et l’engueulade… :)
    Déjà les reproches, parce que 3h12 c’est mieux que mon 3h14.
    Et puis courir ce marathon en mode « chrono », avec un mollet bancal à 2 semaines d’une première expérience sur du long, c’est pas raisonnable.
    Où alors il y a un vrai problème de priorité…

    Après bravo quand même. Ton billet fait plaisir à lire, surtout au début. A la fin j’ai grimacé un peu avec toi pour ce fichu mollet tout contracté !
    J’espère qu’il se détendra vite et que tu pourras aller à Bromont dans de bonnes conditions.

    • Pascale dit :

      Bon à mon tour de ne pas trop savoir quoi dire et d’hésiter entre «merci» et «pffff». ;)

      Je dois mettre un truc au clair: mon «calendrier» de course si je peux appeler ça comme ça, n’a pas été pensé comme ça à la base là, bien sûr que non même. Le marathon était le point central. Des mois après, soit cet été, est arrivé cet événement à Bromont, une première au Québec pour la gang des 160k, alors ça m’a tentée, avec un ami, de faire part de la première édition.

      Autrement dit, c’est un calendrier déformé par des envies trop fortes. :D

      Cela dit, aujourd’hui, ça sent le X sur Bromont, à mon plus grand regret, par contre, le reste du calendrier lui, sourit. :)

      Merci de ta visite dans ma cabane Julien!

  4. Valcox dit :

    Déjà commenté sur FB, donc je ne vais pas me répéter (mais tu m’épates toujours, ça ne change pas). Mais quel profil dis donc pour un marathon !! Quelle côte sur la fin !!! Et avec ça, tu fais encore un PB !?! Dans l’aisance en plus, et avec le scénario catastrophe sur la fin ? C’est juste incroyable ! Tu es stupéfiante. Désolée si je semble commenter toujours la même chose, mais c’est le seul mot qui me vient à l’esprit à chaque fois ;-) Mille bravo, même si c’était de la folie pure :-)))

    • Pascale dit :

      Pas mal hein le profil du marathon? Ça me donne confiance de faire mieux sur un profil plat. Et bien sûr, quand je dis aisance, je veux dire non-souffrance. C’était quand même pas une sortie en allure fondamentale. Le trail me l’a bien rappelé d’ailleurs. ;)

      Merci Valérie!

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