Un jeune coureur est mort au marathon de Québec la fin de semaine dernière. Un autre malheureux et toujours surprenant décès. Loin de moi l’idée de faire un billet sur ce coureur en particulier (j’évite d’ailleurs de mettre le lien ici). Mon texte se veut d’abord constructif et général à ce type de drame.

Marathon de Montréal, de Québec, triathlon, course en sentiers, les cas récents juste ici au Québec sont encore présents dans ma mémoire. Additionnés à tous les autres depuis des années de partout dans le monde, je reste saisie par l’incongruité du drame. Même si ça demeure un taux faible.

Et l’avion là-dedans?
Je suppose que la très grande majorité d’entre vous a déjà pris l’avion? Plusieurs fois même? En tout cas moi, j’en suis à plus de 70 vols. Et nous sommes encore là.

Parce que de un, c’est un moyen des plus sûrs, de deux, parce que les accidents sont le levier d’une sécurité toujours plus grande. Il n’y a jamais eu autant de vols et si peu d’accidents, le taux s’améliore… même si les rares accidents frappent de plein fouet notre imaginaire.

Vous voyez maintenant le lien que je tisse entre mort du coureur et aviation?

Chaque crash est analysé à la loupe, les débris sont amenés en labo, la boîte noire cherchée jusqu’au fond de l’océan. Parce que c’est ainsi que le prochain prototype de plusieurs dizaines de millions de dollars sera encore plus sûr. Ainsi s’améliore depuis toujours l’industrie. Beaucoup d’argent en jeu certes, plus que pour un seul humain. Et pourtant…

Pourtant, quand un humain entraîné à la course de fond s’éteint sur un parcours, la plupart du temps, on nous dit que la raison est personnelle. Que la famille doit être respectée. De cela, j’en suis consciente. Et j’approuve. La famille vit un choc énorme, des plus inattendus. Mourir en plein sport qui servait à notre santé… stupéfiant de contradiction.

Mais pourquoi garder aussi mystérieuse la cause? Pour ma part, des semaines voire des mois après des décès, je n’oublie jamais ces coureurs, que ce soit ici ou en Argentine en passant par l’Angleterre. Je cherche en vain des articles qui pourraient nous éclairer sur le pourquoi. La vie est bien trop plaisante à vivre, encore plus quand on court! Qu’est-ce que je pourrais éviter moi, ou ma fille, ou mes amis pour que ça dure?

«Mais la famille doit être respectée.»

Ma question 
Nous coureurs, tant qu’à mourir, ne devrions-nous pas faire en sorte que ça serve aux autres de la communauté de la course?

En tout cas moi, je l’écris ici (et c’est déjà dans mon testament depuis quelques années) : si je meurs en course, qu’on m’ouvre, qu’on analyse les morceaux, qu’on décortique ma boîte noire, qu’on lise mon journal de course, enfin bref, que mon corps et mon expérience soient libres de droits. Si ça peut sauver une seule autre vie, ce sera ça de mieux.

Mais aussi : si on trouve une raison particulière, je souhaite que le monde de la course en soit informé.

J’ai profité de la course (j’espère le faire encore!), alors l’idée de contribuer à la connaissance me semble plus importante que garder mes erreurs (ou mes tares génétiques) secrètes. 

Imaginez un instant qu’avec l’information, on constate que 90% de ce type de décès est dû à disons 2 raisons. En attendant LA cadillac de la batterie de tests, on pourrait plus simplement/rapidement demander à notre médecin de famille deux tests en particulier.

Il en va de même si l’on découvrait que la majorité des décès coïncide avec la consommation (ou surconsommation) d’une combinaison de deux substances par exemple. On l’éviterait non?

Médicaments pour soulager le rhume, choc émotif, boisson énergisante, fatigue extrême, kilométrage doublé voire triplé trop vite dans les semaines précédentes, abus d’anti-inflammatoires ou maladies sous-jacentes (diabète, arythmie XYZ, tuyaux bouchés à 25, 30, 45 ans), alimentation, défaut cardiaque, débalancement d’électrolytes… manque de fer? Etc., etc.

La liste des possibilités est longue, mais il me semble que l’information devrait servir. 

Servir à une meilleure suite des choses. Et évidement, je parle ici de conditions dans le contexte d’une mort sur un parcours de course, car il y a moyen de respecter la vie privée ET de rendre publique des habitudes personnelles à risque pour une coureur.

Vous, accepteriez-vous la divulgation des causes de votre mort si les organisations ajoutaient une case à cocher dans les conditions que nous acceptons lors d’une inscription à une course?

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22 réponses à Les coureurs, la mort et l’aviation

  1. Jean-François Côté dit :

    C’est vraiment intriguant et à chaque fois, j’aimerais vraiment savoir la cause. Je ne comprends pas pourquoi on ne divulgue pas les causes de ce genre de mort subite, je crois que ça apporterait beaucoup à la communauté de savoir quels genres de maladie/médicament/abus peuvent être fatals… À chaque fois que je lis quelque chose du genre, je me demande si je ne cours pas plus de risque à faire du sport que de rester assis sur mon divan. Et ces histoires, elles me font peur! C’est jamais rassurant de lire des choses du genre, un coureur en forme (comme moi), jeune (comme moi), qui s’entraîne régulièrement (comme moi, mais on ne connaît pas son niveau d’entraînement mais bon!), meurt à la fin d’un marathon.

    Pour ma part, je suis chanceux dans ma malchance, j’ai des problèmes d’arythmie cardiaque : Fibrillation auriculaire paroxystique (2 fois, 5 ans entre les deux épisodes d’environ 24-48h, première fois c’est arrêté seul, 2è fois cardioversion chimique) et de l’arythmie bénigne de temps en temps, à l’effort ou au repos, c’est random. Ça, c’est ma malchance. La chance dans tout ça, c’est que j’ai passé tous les examens possibles au niveau cardiovasculaire, et j’en passe encore aux 1-3 ans selon le type d’examen : échocardiographies, Holter, tapis roulant, Dopler. Pour d’autres problèmes, j’ai même passé une scintigraphie pulmonaire. Résultat de tous ces examens : j’ai un coeur en santé, aucune malformation ou cardiopathie. J’ai un léger souffle à la valve mitrale (elle ne ferme pas étanche à 100%, et un foramen ovale perméable qui est sans risque puisqu’ils peuvent à peine voir passer du sang entre les oreillettes à l’écho, quand la pression est élevée dans le coeur. Bref, pas d’Hypertrophie ventriculaire gauche, souvent responsable de la mort subite chez les sportifs, ou rien d’autre qui pourrait mettre ma vie en danger. Évidemment je ne peux échapper au hasard de la vie, mais côté mécanique, c’est OK!

    Reste que lorsque je lis des histoires comme ça, je me remets en question…

    Pour revenir au sujet principal, si ça m’arrive un jour, j’espère qu’on analysera toute ma mécanique et que ça pourra servir à d’autres coureurs.

    Ne pas être suivi par un cardiologue, je demanderais une batterie de tests côté cardiaque à mon médecin de famille, évidemment que c’est long dans notre système de santé, mais ça pourrait peut-être déceler une cardiopathie congénitale, qui peut être fatale dans un effort prolongé.

    Voilà!

    Et merci pour cette réflexion.

    • Pascale dit :

      Wow, merci pour ce généreux commentaire. Ça m’amène à cette question: l’as-tu écrit quelque part que tu acceptes que ton corps et entraînement (et tests… et tout quoi) soit divulgué?

      Ensuite, bon point sur l’entraînement du gars! C’est pour ça que je dis que même mon journal d’entraînement, je le remets à la cause de faire avancer la recherche sur ce type de décès. Lui, ou l’autre à Québec, ou celui de Montréal ou enfin, tous ceux que je lis, la jeune fille à Toronto, etc., etc., qu’avaient-ils comme entraînement? Réponse souhaitée par nombreux d’entre nous!

      Merci Jean-François pour ton mot ici, mais en fait, c’est pour toute la communauté de l’entraînement de fond qu’on demande! Pour des siècles à venir. :)

  2. Pascal Nadeau dit :

    Ces décès me bouleversent (course & triathlon). Parmi les derniers, j’ai l’impression que les hommes sont davantage touchés que les femmes. Tu me répondras que sur ces épreuves de longue haleine, les hommes sont davantage représentés que les femmes.

    Le drame est que ces adultes ont souvent des responsabilités familiales importantes. Je reste également sur ma faim quant aux explications justifiant ces pertes. Puisqu’il s’agit d’une préoccupation partagé par plusieurs, j’ai demandé aux magazines Découverte et les Années lumière de porter un éclairage sur ce sujet il y a un moment.

    Ces décès n’ébranlent cependant point ma témérité de me diriger vers un premier marathon à la mi-octobre malgré un volume de course nettement insuffisant.

    La peur de me blesser à vélo est définitivement plus grande que celle de mourir à la course. Avant chaque sortie prolongée, je prends conscience de la chance que j’ai d’être pleinement en possession de mes moyens puis de la détresse que je vivrais autrement. Je suis ainsi prudent.

    Mais à la course, je me refuse d’obtempérer à des messages* lancés à l’effet que l’on doit connaître et respecter nos limites. Ça me paraît totalement à porte-à-faux avec le plaisir de courir qui consiste constamment à repousser nos limites.

    *: http://beta.radio-canada.ca/nouvelle/1052773/mort-coureur-marathon-ssq-entrainement

    • Pascale dit :

      Très bien cette initiative auprès de Découverte et les Années lumière. Il y a un moment tu dis, ça fait longtemps? Tiens-nous au courant svp.

      Et il y a la théorie plus globale, certes, très intéressante, que ces émissions peuvent apporter. Mais le concret, les raisons des décès X-Y-Z qui surviennent, pourquoi en sommes-nous privés? Pourquoi invoquer la vie privée systématiquement?

      Trop grosse responsabilité pour les familles fort probablement, d’où mon point: chaque coureur devrait prendre cette décision avant une course. Juste au cas et même si le risque demeure extrêmement faible. Et du coup, ça limite aussi le risque d’éventuelles poursuites contre les familles si des médicaments/boissons énergisantes/etc. sont en cause. Qui poursuivra un mort?

      Pour ce qui est de la peur, bah, perso je n’ai pas peur mais si je peux éviter des habitudes qui finalement s’avèrent néfastes, certain que je le ferai! :)

      Cela dit, je retiens le point fort: ton premier marathon! Coooool! Il te reste quoi, 6 bonnes semaines? Go Pascal! :)

      • Pascal Nadeau dit :

        Voici mon mot laissé aux magazines de Radio-Canada en juin dernier:

        Bonjour,

        Ce drame est bouleversant pour le coureur que je suis et triathlète que je tente de devenir. Il est bouleversant pour toute ma communauté aussi.

        Le drame suscite des questions sur la capacité de la médecine de prévenir ce type de tragédie par voie de dépistage.

        Il serait également intéressant de connaître la capacité de notre système de santé de mettre en application des mesures raisonnables de dépistage.

        Je suis persuadé qu’un reportage sur cette question des crises cardiaques chez les jeunes athlètes amateurs attirerait grandement l’intérêt et répondrait à un besoin public d’en connaître davantage à ce sujet.

        L’été dernier, un drame du genre est également survenu au Ironman de Mont Tremblant. Ce type d’événement est de plus en plus fréquent.

        J’ai assisté à une conférence d’un triathlète émérite qui recommandait absolument de ne pas se limiter à un dépistage d’un médecin généraliste mais bien de rencontrer un cardiologue habitué avec les sportifs si notre famille a des antécédents cardiaques. Mais il est fort ardu d’avoir accès à ces spécialistes seulement pour une question de prévention.

        Merci de prendre en considération ma suggestion.

        http://www.lereflet.qc.ca/actualites/2017/6/13/-la-vie-etait-simple-avec-josue—la-conjointe-du-coureur-decede.amp.htm

        J’ai réalisé un suivi à leur endroit en me permettant de disposer un lien vers le présent article de ton journal.

        • Pascale dit :

          Très beau geste ton texte envoyé.

          Perso j’ai fait la batterie de tests à l’Institut de cardiologie avant même la course, pour une prédisposition familiale et ses conséquences. C’est en effet un examen plus difficile à obtenir sans doute, car beaucoup plus vaste et donc, coûteux.

          Mais en connaissant des causes exactes de mort de coureurs, et donc, de constater où non des similitudes, il y aurait peut-être moyen de concentrer les tests, donc d’améliorer la prévention, tout en limitant les coûts.

          Pour le texte «La vie était simple avec Josue», je l’avais lu cet été. Très touchant. Voici le lien qui fonctionne:

          http://www.lereflet.qc.ca/actualites/2017/6/13/-la-vie-etait-simple-avec-josue—la-conjointe-du-coureur-decede.html

          Merci Pascal.

    • Pascale dit :

      Ah oui, j’oubliais le point sur «plus d’hommes». Je le pense aussi. Mais je n’ai rien calculé. Mais j’ai la même impression que toi. Et tu vois, pour la distance de demi-marathon ou moins, c’est maintenant la parité côté participation. Et on entend plus souvent la mort d’hommes. Pourquoi? Les hommes sont plus téméraires, poussent-ils plus leurs limites ou ont-ils plutôt tendances à consommer certains excitants? Ou plus de tares cardiaques, etc? Bref, connaître les raisons des décès servirait aussi à cela, la prévention quant à la gestion de course par exemple.

  3. France Martineau dit :

    tout comme toi j aimerais savoir… pas par curiosité malsaine… mais pour etre certaine que ce que je fais est ok… et ayant moi aussi un probleme électrique au coeur (décelé a 52 ans et ayant fait du sport toute ma vie) ma famille est inquiete…. et a chaque coureur qui décède ma mère m’en parle… c est normal… mais si on savait un peu plus le pourquoi… quand y en a un… ben ca serait rassurant que ce n est pas MA situation… et oui j espere que si il m arrivait une bad luck, qu ils puissent faire un lien avec mon niveau d activité , mes habitudes… MErci du billet

  4. M-Runner dit :

    Oui j’accepterais et je vais même avertir ma famille cette semaine. Super ce billet sur un triste sujet… :-(

    • Pascale dit :

      Ça ne peut pas nuire. Mais leur écrire noir sur blanc, je dirais que c’est encore mieux. Remarque ici que je n’ai aucune idée de ce que ça vaut légalement. Moi je pense surtout à ce qu’on accepte quand on s’inscrit, tsé le paquet d’affaires qu’on ne lit même pas? :)

      Merci pour ton avis.

  5. Alexandre Allard dit :

    Effectivement que tout ça porte à une intense réflexion. Mais je suis certain que notre activité favorite apporte énormément plus de bienfaits que de tord ( en général, de façon modérée etc. Et etc..)

    • Pascale dit :

      Ah ça oui tout à fait, les études prouvant les bienfaits pleuvent. Et nous coureurs, on les sent bien ces bienfaits. :)

      Mais c’est pour ça que je compare avec ça avec l’avion, encore et toujours le moyen de transport le plus sûr, tout comme la course est sûre. Et pourtant, des centaines de millions de dollars sont investis quand même pour une amélioration constante de l’industrie. Chaque accident sert à ça, heureusement dans le malheur.

      Mais dans le monde de la course, pourquoi sommes-nous privés des raisons des décès de coureurs qui semblaient pourtant en possession de leurs moyens et santé? Ça pourrait juste aider de savoir. À moins que quelque chose ne m’échappe…

      Merci Alex pour ton mot!

  6. Nicolas Turgeon dit :

    Évidemment que j’accepterais également, je ne vois pas en quoi le fait que le monde entier (comme si ça intéressait grand monde!) connaisse mes habitudes de courses ou un problème de santé quelconque pourrait nuire à ma famille, surtout si c’est pour faire avancer la science! D’ailleurs, ma conjointe travaille dans le domaine de la recherche médicale, alors elle serait la première (en fait, la 2e après moi!) à approuver.

    Par ailleurs, si les médias invoquent la sacro-sainte vie privé de la famille, n’y aurait-il pas à l’occasion un peu de paresse de la part de ces mêmes médias? Après tout, c’est fatiguant que d’enquêter pour savoir la cause de la mort, demander l’autorisation, etc, etc… Bien plus facile de tout balayer sous le tapis de la vie privée.

    • Pascale dit :

      J’adore l’aplomb de ta réponse! Ouin hein, pourquoi donc!

      Mmmm… Peut-être parce que ça ne vaut rien en soi un humain? Et donc, qui paierait? Les assurances/assureurs/système de santé, tout ça est peut-être une partie de la solution. Je ne sais trop. Mais bon, une enquête doit ben être faite de toute façon par la famille je ne peux pas croire! Ton fils de 30 ans va courir et il meure, c’est certain que tu fais faire une autopsie me semble… En tout cas, ce sont toutes des sous-questions légitimes, mais il y a certainement une paresse des médias quelque part aussi tu as raison.

      Merci à toi.. et dis merci à ta conjointe de ma part. :)

  7. Pascale dit :

    Mise à jour:

    Ce billet a déjà été lu 501 fois (soit 3 fois plus que la moyenne des billets sur le premier 48h, donc grand intérêt) pour peu de personnes qui se sont prononcées. Taux de réponses de 2% (contre 8% en moyenne pour mes billets, toujours dans le premier 48h après publication).

    Autrement, est-ce que ça mijote? :)

    Vous pouvez également suivre la conversation sur FB: https://www.facebook.com/pascaleberthiaume/posts/10155097324540186

  8. Pat F dit :

    Je pense la même la même chose.  » qu’on décortique ma boîte noire » nous avons cette responsabilité envers la communauté sportive.

  9. Pat F dit :

    J’ai pensé à toi ce week-end: Le formulaire d’Iron Man de renonciation permet à l’organisation de publier les informations sur ta santé si tu leur donne le droit.

    https://i.imgur.com/jAIfQPD.jpg

    • Pascale dit :

      Merci beaucoup pour l’ajout Pat! Il faut maintenant que cette info soit libre de droits (je ne sais pas le terme officiel dans ce cas précis) et que les coureurs la cèdent au monde de la course, c-a-d à nous tous inclus.

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