Un récit point par point. Droit au but. Pas de dentelles. Pas de gants blancs non plus. Ce sera un genre de petit coffret «ABC de Toronto» couru en performance, selon mon point de vue bien entendu.

Et finalement, selon celui d’à peu près tous les coureurs(ses) arrivé(e)s devant moi. Allez vous amuser dans Sportstats, vous verrez bien le côté identique (et relatif) des étapes par tanche de 5km. Car tout de suite après la course, j’ai douté de ma gestion. Avec le recul, je vois bien que je suis toujours sévère avec moi-même. On me l’a même gentiment écrit. Mais n’est-ce pas là un moteur de volonté de se surpasser?

D’abord, pourquoi un 21k au lieu du 42k? Tout est dans le billet précédent. Passons aux faits.

Je suis arrivée en train* à Toronto samedi après-midi finalement, des soucis persos (rien à voir avec la course, oui oui, j’ai une vie en dehors de) ont fait que j’avais la tête à complètement autre chose. J’ai même remis la course en question. J’ai tranché pour un 24h chrono loin de mes responsabilités (retour subito après la course avec un lift cette fois… dans le trafic). 

*Le train: C’est trop parfait entre Montréal et Toronto! Le mien, 5h de centre-ville à centre-ville! Payé 54$ à la dernière minute, taxes incluses. Le calme, avec wifi et plein de coureurs autour, tous plus emballés les uns que les autres! Une parfaite ambiance d’avant-course. Et tout ça, avec la conscience-verte tranquille.

Débarque du train et hop à mon charmant hôtel-boutique (à 500m du départ) que j’ai réservé la veille (pas cher) car j’ai annulé l’autre (sans frais) et ensuite, hop à l’expo. Changement du 42k au 21k. Tout ça à la marche, car j’en avais besoin. Pas l’idéal avant un marathon, mais avant un 21k, ça m’allait.

Souper dans un fort joli resto italien du parfait quartier choisi pour l’occasion. Décidément, le dernière minute de voyage me va à ravir.

Finalement, petite sortie de 4k le soir après le souper en guise d’activation/digestion. Je suis alors en paix avec mon choix de distance, qui plus est, je les aime toutes deux autant!

Mes objectifs finaux
Objectif A (malgré le un peu trop chaud pour moi): briser le 1h27 (4’06/km)
Objectif B: PB (1h27’16)
Objectif ‘je suis quand même contente’: Dans le 1h27

Une chose est claire: Ce sera une histoire de secondes, pas de minutes. Alors si vous en êtes encore à gruger les minutes, lisez ce récit en vous mettant dans MES souliers. Sinon, tout ça n’aura aucun sens. Car parmi tout ce que je reçois comme commentaires (le prix à payer d’un blogue public), j’ai même reçu «Qu’est-ce que ça peut bien faire quelques minutes de différence.» Ouf… je ne sais plus comment l’expliquer! ;)

Stratégie de parcours
En ayant à peu près la météo finale, et ayant déjà le dénivelé du parcours en tête, j’ai fixé toute seule comme une grande ma stratégie pour cette grosse course de plus de 15 000 personnes sur les deux distances, où nous partons tous en même temps. Une stratégie fixée selon les critères connus (c’était ma première participation):

-On part en faux-plat montant sur… je suis confuse. On voit 2km sur le graphique, mais bizarre, j’ai eu l’impression que ce n’était que sur 1 seul km (je devais être trop concentrée à me frayer un chemin).

-Les 6-7 premiers km sont entre les grands édifices, donc à l’ombre (plus frais et à l’abri du vent moyen annoncé).

-La suite est au soleil sur béton sans ombre, vent de dos de 8 à 12 avec beaucoup de coureurs autour, vent de face avec de moins en moins de coureurs, du 12e au à 18e km. 

-On remonte sur faux-plat jusqu’à l’arrivée. (D+ global : 60m)

21k de Toronto 2017 sur Strava Lab. On peut voir sur le tracé certains GPS dire n’importe quoi!

À noter ici pour quiconque songe à courir Toronto un jour, le dénivelé est environ le même sur 21k et 42k, car le 2e 21k est un aller-retour plat.

Voici notre champion du Québec, Baghdad Rachem (2h29). Je mets ces deux photos pour lui dire bravo, mais aussi pour faire un lien avec la description que je fais de Toronto :

Sur la première, on voit qu’il termine la section ombragée dont je parle (km 3 à 8 environ et ce, tant sur 21k que 42k), qui est en grande partie un faux-plat descendant entre les édifices. C’est le temps d’ouvrir -juste assez- et de profiter. Mais juste assez hein? Parce que trop, ça devra être remboursé en double (triple?). 

Sur la deuxième, c’est le grand boulevard pas très loin de l’eau, où l’on est exposé à tout ce qu’il y aura comme éléments de la nature ce jour-là. À mettre dans l’équation. Et c’est là tout le plaisir d’une gestion de course optimale! :)


Ma stratégie chiffrée?
-Premier km à 4’10
-Profiter du D- au frais en courant accotée sur mon plein potentiel estimé sur 21k
-Tenir du 4’06 sur le bout de 7 à 12k
-Tenir vent de face du km 12 à 19 environ (avec soleil + 16 degrés env.) autour de 4’08
-Faire ce que je peux pour le reste avec ce que j’ai gardé pour le faux-plat remontant! 

Ma forme du jour
Comme je disais à un ami la veille, l’énergie était bonne. J’avais juste un restant de rhume qui me gardait congestionnée (mes photos sont quasi toutes bouche ouverte tellement je ne respirais pas par le nez!). De bonnes jambes aussi. Malgré ma grosse semaine, la tergiversation, le départ reculé, je me sentais en forme. Il faut dire que je n’avais couru que 40km dans ma semaine. Mission affûtage réussie! 

La météo
Est-ce que je prétends à la canicule? Pas une miette. Mais entre le «10 degrés ou moins» espéré lors de mon inscription, et le 16-18 sous le soleil, il y a un léger coût. Et quand on se bat pour des secondes, TOUT compte.

Évidemment, certains sont très peu affectés. Grand bien leur fasse. Moi j’ai travaillé à ramener ça de ‘très affectée’ à ‘moyennement’.

Ah oui, si je n’avais pas dévoilé mon objectif de sous 3h, je pourrais feindre, avec un chrono de 3h05, que la météo n’a rien changé pour moi! Plus simple d’ajuster la réalité quand l’objectif est secret… ;)

D’ailleurs à ce sujet, et je ne m’étendrai pas, tous les coureurs sur marathon qui m’ont obstinée sur le sujet et qui n’ont pas tenu compte de la portion au soleil et au chaud, ont cassé. Non, je ne m’en réjouis pas, mais un moment donné, ce n’est pas avec moi que vous vous obstinez, mais avec la science et des centaines de milliers de données. Fin du sujet.

Alimentation
Avant: Léger souper la veille avant 18h et une mini portion d’avoine 2h avant la course. Pour 21k, les réserves ne me sont pas nécessaires sous 1h30 de course (et le feeling de ‘courir léger’ m’est plus payant). Ensuite, une boisson sportive avalée ici et là en me préparant (et une bonne hydratation les jours avant). 

Pendant: 2 gels liquides (7e et 14e km), un avec caféine, l’autre sans. Rien bu durant ma course.

La réalité ‘sur le terrain’
Petit échauffement environ 45′ avant la course. Sur ma rue, les centaines de coureurs qui convergent déjà vers le départ sont peu habillés sinon carrément en short & camisole. Oh Oh! Ça va sérieusement se corser pour eux sur leur 2e moitié de course! Cela dit, c’est bon de peu s’habiller avant un départ et de garder basse la température du corps (ça exclut les courses au froid il va sans dire!).

J’avais prévu arriver dans mon corral 7-10′ d’avance. C’est le mieux que je peux faire, j’ai horreur de me sentir coincée dans une foule. Et je suis arrivée comme prévu.

Le hic, je n’ai pas été capable d’avancer plus loin que derrière la pancarte du 3h05! La dernière entrée de côté était environ vis-à-vis le 3h15 alors que mon temps demi cible me place avec les ‘2h55’ au départ. Ça, c’est un problème. Et on ne parle pas ici de quelques dizaines de coureurs à tasser, mais des centaines!

Je n’exagère pas, c’était trop serré et nombreux hommes (désolée pour le genre, mais c’était clairement ça) me regardaient en disant «Mais où elle s’en va celle-là, encore une qui veut partir trop devant!». 

Désolée Messieurs, mais vous êtes enlignés sur du 4’20-4’25/km et plus. Moi, je m’en viens courir ici à max 4’07. 

Mais rien à faire, je suis bloquée. Ça jouait trop du coude pour insister. Prochaine fois, je me loue les services d’un ouvreur de corral!Pourquoi? Parce que selon mes objectifs, c’est crucial, voyez :

Partir à 4’25 sur au moins le premier km me coûte plus de 20 secondes. Ajoutons à cela le 30 secondes estimés du coût de la chaleur/soleil, ADIEU objectifs A et B. Cruel comme ça.

Mais comme j’étais prise là, je devais faire avec cette réalité. Petite panique momentanée. Qu’est-ce que je fais? Je fonce et je zigzague, donc, je dois aller plus vite pour signer un km qui sera plus lent. Vous me suivez?

Je passe la pancarte du premier km en 4’14 sur mon chrono. Je ne suis alors pas contente de ma phobie des foules. :)

À noter ici qu’à Toronto, le GPS en allure réelle n’est pas possible pour plusieurs sur la portion en ville. Tant mieux pour qui c’était ok, moi, ça m’indiquait n’importe quoi, il m’a fallu calculer au fur et à mesure des pancartes. Un détail bon à savoir à l’avance.

Le reste de la course s’est déroulé comme prévu. Avec en plus, un superbe duel d’un km avec une fille jusqu’au fil d’arrivée qu’elle a passé devant… mais le chip time a tranché en ma faveur (elle doit avoir un ouvreur de corral…). ;)

Résulats
Chrono: 1h27’04 (PB)
19e femme /5005
1ère de catégorie/468
1ère Québécoise
Fréquence cardiaque moyenne : 188 (Granby il y a 3 semaines à un peu plus frais: 182)

Résultats sur Sportstats

La coureuse que je suis est heureuse. Pleinement satisfaite de sa performance? Ben non. Je ne me rappelle pas de l’avoir complètement été déjà. Mais ici, il faut départager la joie de la satisfaction. Des papilles de l’estomac. Disons que j’ai aimé mon repas, mais que j’ai encore faim. ;)

Conclusion
Toronto est un marathon roulant, tout en demeurant une boucle, donc, pas de cadeau de dénivelé ou de vent. On paye ce que l’on prend. Ai-je aimé? Oui. C’est du genre 21k Scotia de Montréal, un parcours pour la vitesse. Ok, peut-être pas AUSSI roulant, mais là, on parle de poussières. :)

La suite 2017
Un marathon 2017 voyons! Cette fois par contre, je garde le quand et lequel pour moi.

Les bonus
Et avant ce 42k, peut-être une autre course, selon ma récupération. Ouais, ma perf m’a valu une autre choc invitation VIP. Et c’est toujours très apprécié. À suivre! :)

Parmi les petits velours, le courriel d’un ami élite, avec 30 ans d’expérience, qui m’a écrit ceci (oui, j’ai trouvé en lui un plus grand amateur encore de stats que moi!):

«Je me permet de te trouver un peu sévère avec toi-même! J’aime bien les stats alors voici pour ton info… Considérant que: – Ce parcours est plus rapide dans sa première moitié en plus du fait que l’on y cours plus frais! – Devant toi seule 3 femmes ont des vitesses moyennes par sections négatives ou égale (0 à 3 secondes) – Les autres ont des différentiels ou écart de vitesse entre +5 et +32 secondes (tu es à +11 secondes). – La moyenne des différentiels pour les 19 premières femmes est de 12.5… incluant les splits négatifs sans ceux-ci elle est de 15.25! donc tu es mieux que la moyenne… c’est certain que c’est le fun de faire des courses presque parfaite… mais quand on prend pas de chance, ben on s’améliore pas toujours! … félicitations…»

Mes temps de passage aux bornes officielles. C’est l’avantage des grands marathons! :)

Et finalement, la tonne d’encouragements reçus sur Facebook. Parfois, je reçois des critiques ou carrément des petits coups de couteaux gratuits. Sachez que je suis ouverte à la critique constructive, si elle vient avec une joie partagée pour ce que je fais. Mais juste me lancer une flèche et s’en aller, par pur… par pur quoi au fait? Oui ça me décourage cette attitude… 

Épilogue
Comme je me trouvais dans un marathon international avec des élites et des pros en veux-tu en vlà, j’ai pris les podiums en photo telle une groupie finie. :)

 

Et hi hi, mes photos officielles d’amateur qui essaie de se donner tant bien que mal. Il y en a une seule prise sur le parcours (snif), mais tout plein dans le corridor d’arrivée, bouche ouverte, car congestionnée. Ô que ces clichés imposés sont un dur exercice d’humilité! Cela dit, je mets tout de même quiconque au défi de faire de ‘belles’ photos à 95% de sa fréquence cardiaque maximale! ;)

Entéka, photos flatteuses ou pas, vive la course! 

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14 réponses à 21k de Toronto et la suite

  1. Claire dit :

    J’ai bu d’une traite ce beau et généreux résumé! Bravo pour tout, pour la course (oulala le PB), pour l’attitude, pour toujours te retourner sur un 10 sous avec philosophie. Allez hop au marathon! ;)

    • Pascale dit :

      Ah ben ça, ça me fait grand plaisir. Ce n’est pas simple de cerner ce que «l’ensemble» aime bien lire, alors il est clair que je ratisse large, et je pige un peu là ou là. :) Merci beaucoup Claire!

  2. Lalande Michèle dit :

    Encore une fois ta détermination me fascine! Quel beau score! Bravo!

    • Pascale dit :

      Les pensées négatives en pleine course quand on pousse à nos limites (me semble que je vais casser, je ne pourrai pas tenir XYZ encore longtemps, etc), surgissent de moins en moins nombreuses et de plus en plus tard. Je les repousse aussi beaucoup plus vite. Je suppose que c’est là ma plus importante progression. :)

      Merci!

  3. M-Runner dit :

    Encore une fois félicitation! Moi je suis content je te l’ai dit que tu choisisses ce qui te tente vraiment car c’est ta marque de commerce. :-)

    J’adore le Km de duel!! Et si tu viens courir dans mon coin je m’offre comme ouvreur de coral! :-)))

    PS: Tes photos sont bonnes car elles sont la preuve de ce que tu donnes sur une course… mais ça te va bien cette couleur de camisole. ;-)

    • Pascale dit :

      C’était tout un duel d’ailleurs. Et même avec une autre cette fois sur un peu moins long. Mais on se savait toutes au bout de nos moyens, tout en se gardant la mini marge possible pour le sprint final. Très cool. :)

      Merci pour tout. ;)

  4. Eric dit :

    Beau récit, Pascale. Oh que je te comprends sur le trafic des débuts de course. C’est vraiment plate de devoir se faufiler à travers des plus lents. J’ai bien dit « plus lents » et non pas « lents ». La vitesse est relative en course. Mais je ne vois pas d’autre solution que d’arriver tôt, car tu ne peux pas changer les gens qui se placent bien trop en avant pour leurs capacités. Ah oui, c’est vrai, il y aurait l’option de l’ouvreur de corral :)

    • Pascale dit :

      Merci merci! :)

      Juste un point, il y a certes ceux qui se placent trop en avant, mais là, je parle de gens bien placés sans doute, mais avec une densité tellement importante (15000 personnes au départ) et aucune porte de côté dans un long corral après la pancarte du 3h10 (4’30/km). Je me suis donc faufilé aussi bien que j’ai pu jusque derrière les 3h05 (4’20/km), mais après ça, impossible.

      Je pense encore qu’un ouverture sur le côté pour les sous 3h (1h30 au 21k) est nécessaire. Et ça limiterait pour plusieurs l’envie de jouer du coude. :)

      Mais vrai qu’il me manque à moi un peu d’aplomb pour les tasser malgré tout. :)

    • Pascale dit :

      Mais quin, cet exercice de réflexion me fait penser que je devrais leur écrire. Peut-être que personne ne le fait et qu’il suffit juste de leur suggérer une ouverture de plus pour qu’elle y soit l’an prochain. Je vais faire ça tiens. :)

  5. Super récit… je me sentais presque sur le parcours. C’est un marathon que je veux faire un jour, et tu m’en as juste donné plus le goût.

    • Pascale dit :

      Ah bien ça, c’est cool à lire. Tant mieux. Parce que c’est aussi à ça que servent mes tentatives de récits les plus fidèles possibles à la réalité, soit en aider d’autres à faire leurs choix. :) Merci!

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