Ce billet n’est pas une fable, c’est l’histoire du récent 10k de ma fille qui ne courait pas.

Elle souhaitait prendre part à un 10k qui avait lieu dans 7 semaines. Je lui suggère un entraînement qui la mènera du point A à B, sans trop peiner, en ne se souciant pas du «combien». Oui oui, moi qui aime me dépasser, je sais que c’est bien de (re)commencer ainsi (elle a déjà couru quelques 1k organisés en 2012).

Mais elle refuse: «Maman, je veux faire le mieux que je peux m’améliorer d’ici là.»

Mais dites-moi, comment et surtout pourquoi barrer la route à une telle détermination? Un plan chrono ce sera.

Je lui fais tout de même promettre, en échange d’un plan en vue d’un chrono, de courir quelques semaines sans montre après son défi. Pour apprivoiser la course dans sa plus simple expression. 

Je sors donc courir avec elle question de voir où elle en est en matière de forme physique. Faire quelques sorties clés pour évaluer ce qu’elle a dans les jambes, on s’occupera de la tête plus tard. (Tout au long je lui ai glissé mes meilleurs trucs pour le ‘mental’ mais surtout la dernière semaine, où nous avions des exercices de visualisation.)

Lors des premières sorties servant d’évaluation du potentiel, je la ferai parler, accélérer, forcer, douter. Ok, j’ai eu une bonne idée. On tourne autour de 6’30/km sur tout au plus 6-7 km pour qu’elle puisse encore me répondre sans trop grogner. ;)

Ma Loupette le matin de sa course.

«Mon amour, tu iras briser le 55′, ce qui revient à courir du 5’30 sur ton 10k.»

Elle n’y croit pas du tout sur le coup, mais pas du tout. «Ma fille, tu m’a demandé un chrono, le meilleur que tu puisses parvenir à faire en 7 semaines, alors j’insiste, tu PEUX passer sous le 55′. Maintenant, reste à voir si tu le veux. Ce sera dur, ce sera en concentré, mais prends ça une sortie à la fois. Follow the guide!»

Et c’est ainsi que 4 fois par semaine pendant 7 semaines, on est sorties courir ensemble toutes les deux (pas toutes les sorties, mais au moins la moitié).

Un plus lent que soi, pourquoi?
Au-delà d’aider un coureur, au-delà de la fierté dans ses yeux à chaque petite étape de franchie, au-delà du plaisir de transmettre quelques leçons apprises, au-delà de voir un coureur progresser à nos côtés et en plus de passer de bons moments avec elle (et ouille, de moins bons aussi!), j’en ai profité moi, dans mon entraînement, en effectuant enfin de véritables récupérations.

J’avais beau en connaître les bienfaits en théorie, aussitôt que j’entre dans ma bulle et que je décroche du monde extérieur, mes jambes partent toutes seules après un ou deux kilomètres.

Mais comment nier à présent, le pouvoir de ces véritables récupérations dont les jambes ont besoin (quand le volume et l’intensité sont au menu il va sans dire). Je le conseille à tout le monde: aller demander à un plus lent que vous son aide! Euh, bon, lui offrir la vôtre, mais dans tous les cas, c’est du donnant-donnant.

Pas de farces, je sortais le matin faire mes gros entraînements et le soir, elle et moi nous partions. Je n’avais jamais couru à 6’30 du km depuis 6 ans (sur du plat). Et le miracle s’est produit: je n’ai jamais aussi bien récupéré entre 2 sorties piquantes! Ja-mais.

Certains soirs même, j’étais carrément cassée de la vingtaine de km avec vitesse cible suivi de ma journée normale, des commissions, du souper, de la vaisselle (vous connaissez la chanson), mais par devoir, je mettais mes souliers et je l’accompagnais. À SA vitesse. (Pour universaliser le tout, je dirais que ça revient à quelque chose comme notre allure de base + 25%.)

Paraît même que les Kenyans font cela! Je ne sais pas si c’est vrai en fait. Mais moi je l’ai fait et je ne peux plus en nier l’effet réparateur!

Je n’ai jamais eu les jambes aussi fraîches le lendemain de séances d’intervalles ou de vitesse spécifique. J’ai tapé des semaines de 125k bien relevés (100k à moi environ) et je n’ai rien senti!

Et cerise sur les souliers, j’en profitais pour revisiter avec elle une multitude de fondamentaux qui me servaient autant, sur MA posture, MES mains, MES bras, MON regard, MA respiration, MA façon de prendre un vent de face… et de dos, et plus encore.

Tout comme la légende des coureurs kenyans, j’ai trotté au ralenti, mon ralenti, de façon très technique. Merci à ma plus lente que moi.

Et finalement?
Ma fille a suivi mon plan à la lettre, s’est concentrée sur les acquis, a répété son mantra (et autres concepts motivants) et a, Ô fierté de la maman, géré sa course comme une pro. Résultat? 53’46! 

Le nez écrasé sur sa tendre joue.

Et moi depuis? Moi sans elle en entraînement, je peine à me retenir, mes jambes comme deux chevaux fous me sortent toujours de ce footing récupérateur. Et il est vrai que depuis, j’ai les jambes un peu plus lourdes le lendemain matin.

Ma fille, à quand ta prochaine course? :)

P.S. Et si jamais des Bianca Prémont de ce monde se cherchent une plus lente pour des sorties de profonde récupération, je suis disponible! ;)

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20 réponses à On a souvent besoin d’un plus lent que soi

  1. Miche dit :

    Félicitations aux deux belles coureuses qui se ressemblent!
    C’est formidable! xx

  2. Nicolas Turgeon dit :

    Une belle histoire qui finit bien (même si on espère que ce n’est pas fini)! Ça fait réfléchir, cette façon de récupérer… je me promet de l’essayer… si je peux me retenir de partir en fou, c’est incroyable la volonté que ça prend pour ralentir! D’après toi, si on n’a pas vraiment le temps de faire 2 courses dans la même journée, est-ce que faire 3-4 km à 6:30 à la fin de sa course serait efficace?

    • Pascale dit :

      Tu as quand même un beau choix de «plus lents» dans ton entourage immédiat, ça sera ta motivation. :)

      C’est une très bonne question. Faudrait que j’essaie pour voir la différence, d’autant plus que j’ai l’autre façon bien fraîche en mémoire. Mais intuitivement comme ça, je dirais que ce ne sera pas aussi efficace (car pas de repos, alimentation, nutrition, relaxation entre les deux et c’est l’enchaînement de tout ça je suppose la séquence idéale) mais sans doute efficace quand même. D’où les vieux routiers qui nous répètent sans cesse l’importance du cool-down (qu’on fait mais sur un gros 500 mètres… et encore…). :)

      • Pascale dit :

        Mais en fait ce que j’aurais dû te répondre te connaissant un peu plus est: bonne chance pour le faire par toi-même! Hihihi! Parce que moi, je m’étais juré de continuer ça au moins après ma plus difficile sortie de la semaine tellement les bienfaits étaient évidents, et pis… et pis… ben c’est pas naturel du tout. Et si moindrement je pars dans mes idées, c’est foutu. En tout cas, tu me diras… :)

        • Nicolas Turgeon dit :

          Probablement que la solution, si on n’a pas le temps d’y aller 2 fois par jour, c’est de remplacer 1-2 courses dans sa semaine (celles sans intervalles) par une course vraiment plus lente… Je sais qu’avant mon PB au 10 km plus tôt cette saison, j’y suis allé vraiment lentement la veille (avec mon gars qui ne filait pas ben ben), et ça avait payé.

  3. chrvarin dit :

    Moi aussi, je dis sincères félicitations aux deux, autant la moins lente qui à fait preuve de ses compétences, et en psychologie, et en matière de course à pieds, que l’autre, qui a appris beaucoup plus que la course à pieds avec le défi qu’elle s’est donné.
    Mon fils a attendu d’avoir 25 ans pour me demander des conseils de tous ordres pour mieux courir, et pour accepter de me challenger sur d’autres défis sportifs.
    Et je comprends la fierté qui t’habite maintenant.
    Bravo
    PS: je suis volontaire pour être le plus lent que toi qd nos agendas le permettront :-)

    • Pascale dit :

      Merci. :) Et 25 ans, ça vous en laisse un paquet d’années quand même pour des défis sportifs père-fils, d’autant plus que je sens qu’il a réveillé une certaine fougue en toi. Pas qu’elle était perdue, mais peut-être juste en attente d’un nouveau déclencheur. Mais bon, je dis ça vu d’ici…

      Dans tous les cas, agenda placoting! J’ai encore le 7 Camillien-Houde en tête… GULP. (Le soleil et la chaleur ont tellement manqué que je ne suis même pas ressortie à vélo depuis, hormis Bixi.)

  4. ElzaPelletier dit :

    Tu es non seulement la meilleure coureuse, la meilleure mère, mais aussi la meilleure coach! Je suis très tête dure mais pourtant tu m’as motivée & j’ai réussi mon objectif grâce à toi & tes entraînements miracles! Merci 1000 fois, je t’aime. xxx

    • Pascale dit :

      C’est le fun être ta mère, et en plus, je suis la meilleure dans tout! C’est bon pour l’égo. Hihihi. ;)

      Moi je dis grâce à toi. Il n’y a pas de miracle. TU as couru. Je n’ai pas couru pour toi et ça demeure le plus gros de l’effort. Bravo. Et moi, oh que j’ai plusieurs moments de fierté en tête:

      -Notre 10k test 3 semaines avant où avec 59′, tu me disais IMPOSSIBLE sous 55′, alors que moi, avec le résultat de ce test, je savais déjà que c’était quasi dans la poche pour le jour J si tu suivais le plan de match… et tu l’as fait!

      -La fois que tu es ressortie faire tes 30-30 sous la pluie et dans le froid. La fierté que j’ai ressentie face à ta détermination, wow. Gravée à jamais.

      Je t’aime. XX

  5. chrvarin dit :

    Du bonbon à vous lire les deux têtes dures :-)

  6. emilie dit :

    Eyh! Merci pour ce compte rendu de complicité!
    Et bravo Elza pour ta course! Quel temps pour un premier 10km!
    Non, il n’y a pas d’entrainements miracles, il y a une volonté de réussir un objectif et de suivre avec confiance ce que ta mère t’avait préparé.
    Pour les sorties à 6:30/km, ce sont mes plus difficiles mentalement et physiquement! Alors il faut insister sur l’accompagnateur « plus-lent-que-soi-qui a-une-bonne-jasette », sinon, impossible. Et même une sortie entre coureurs de même calibre autant que courir seul, par expérience, ça ne marche pas!

    • Pascale dit :

      C’est tellement vrai que ça ne marche pas! Et ce n’est même pas une affaire d’égo ou de vouloir montrer de quoi on se chauffe, c’est vraiment un naturel qui revient au galop (poumtish!).

      Merci pour ton mot Émilie, que ma fille lira avec plaisir.

  7. M-Runner dit :

    QUOI?! 54 minutes déjà?! Bravo!! Il y a de la génétique là dedans!! Je sais que tu n’aimerais pas que je dise ça mais comment le nier… surtout avec la photo… :-))

    Réalises-tu comme ton blog est une boîte à motivation/idées/coup de pied au c..? Comme je ne cours pas autant que toi (un jour sur deux) je pensais récupérer mon jour off mais j’ai souvent les jambes qui sont quand même lourdes 2 jours apr;s… peut-être que je vais essayer la méthode de Nicolas plus haut et me forcer à une vraie récupération de plus que deux minutes. :-))

    • Pascale dit :

      Des fois, on est assises elle et moi devant un bon film avec un gros pop corn plein de beurre et on demande à notre génétique d’aller courir à notre place. ;)

      Mais mais mais, je comprends ce que tu dis. Mais dans la balance, pas sûre que ça pèse lourd. Elle en a rushé un coup.

      Merci pour le blogue. Et oui, je pense que je glisse humblement de bien belles petites choses ici et là dans mes billets. J’essaie d’y exposer mon expérience de coureuse et non pas mon nombril, si je puis dire. Je suppose que c’est ce qui ajoute ce dont tu parles.

  8. Tourlou dit :

    Superbe histoire et je me reconnais tellement quand tu dis qu’on veut tous faire une sortie récup à basse vitesse car c’est payant mais une fois dans nos pensées, les jambes partent en peur. Un gros bravo à ta fille!!

  9. patsirois dit :

    Quelle belle histoire et leçon de course!

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